INTERVIEW AVEC MICKAËL BUNEL

29 février 2016 - 15:13

MICKAËL BUNEL, responsable de la PRÉ- FORMATION et entraineur adjoint du groupe pro du HAC répond au F.B.S.

interview Mickaël Bunel en pdf : cliquez sur ce lien

 

 

 

 

 

1.                  Bonjour Mickaël, avant de commencer peux-tu te présenter ?

 

Tout d’abord, bonjour à tous. Je m’appelle Michaël BUNEL. J’ai 38 ans. Je suis marié et père de 2 enfants âgés respectivement de 11 et 9 ans.

 

2.                  Quel a été ton parcours et quelles sont tes responsabilités, tes missions au HAC et en dehors (Ligue, FFF et UEFA) ?

 

Mon parcours est très particulier. J’ai commencé à jouer au foot au FC Gruchet. C’est dans ce club que j’ai commencé mes missions d’éducateurs. J’en profite au passage pour saluer Joël Malandain, mon ancien président et jean Depérois, mon ancien secrétaire qui m’ont toujours encouragés à devenir éducateur.

Comprenant rapidement que mon niveau de joueur ne me permettrait pas de vivre du football, je me suis orienté vers une carrière d’éducateur que j’ai construite en parallèle à mes études. C’est ainsi que j’ai validé une Maîtrise en anglais et un Brevet d’Etat en football.

Après 12 années passées au sein du FC Gruchet, François Rodrigues, que je connaissais après son passage au Bolbec AC, m’a proposé de rejoindre le HAC en tant que responsable de l’équipe U17 DH et adjoint au groupe U17 National. Dès l’année suivante, le HAC me proposa de prendre la responsabilité de l’école de football, poste que j’occupe toujours aujourd’hui. En 2007-2008, Jean Marc Nobilo, alors entraîneur de l’équipe professionnelle, me proposa de l’assister dans le domaine de la vidéo. C’est alors que j’ai quitté le monde de l’enseignement pour me consacrer exclusivement au football avec un contrat à plein temps.

Ce contrat à plein temps m’a permis de vivre des aventures avec le groupe pro, le groupe CFA, le groupe U19 Nationaux.

Depuis 5 ans, je suis responsable de l’école de football et de la section préformation élite, c’est à dire de la section 6-15 ans. Mais mes missions sont assez larges au sein du club car je suis remonté avec le groupe pro depuis la nomination de Christophe Revault et l’arrivée de Bob Bradley.

En parallèle à mes missions au HAC, j’ai eu le privilège de préparer la Coupe du Monde U17 avec la sélection nationale de Côte d’Ivoire et je donne des conférences à l’étranger (Pologne / Slovaquie / Etats Unis).

 

 

3.                  Quel est ton regard sur le foot professionnel ?

Le football professionnel est très exigeant et demande beaucoup d’investissement. On y trouve des gens de grande qualité. Il est clair que le HAC m’a permis de faire un énorme bond en avant.

Je regrette parfois les images qui sont véhiculées par la presse car le football professionnel est souvent stigmatisé, décrié et le moindre problème se transforme souvent en scandale. Mais on oublie trop ce que le football apporte aux jeunes tous les jours. On fait trop souvent d’un cas une généralité.

J’ai beaucoup appris au contact de Jean marc NOBILO, Cédric DAURY, Alain OLIO, Frédéric LIPKA, François RODRIGUES et je continue à apprendre aux côtés de Bob BRADLEY et des membres du staff.

Je travaille aussi avec des spécialistes étrangers de renommée mondiale avec lesquelles nous réfléchissons sur le développement cognitif du joueur en séance.

 

4.       Et celui sur le monde amateur ?

Le monde professionnel a besoin des clubs amateurs et les clubs amateurs ont besoin des clubs professionnels. On oppose trop souvent ces deux mondes et pourtant, que l’on soit amateur ou professionnel, le football se joue à 11 sur un rectangle vert.

Je suis issu du monde amateur et j’en suis fiers. Comme je l’ai évoqué précédemment, le foot amateur m’a permis d’arriver là où je suis.

Il faut être humble et ne surtout pas oublier que nous sommes tous issus du monde amateur. Que l’on soit amateur ou professionnel, le football est et doit rester un jeu et une PASSION.

 

5.                  Nous souhaiterions monter une section féminine au sein de l’école de foot, comment pourrait-on faire ?

Il faut d’abord voir le football féminin comme une opportunité et non comme une obligation. Les jeunes filles veulent jouer au foot et les mentalités sont en train de changer.

Les clubs doivent s’ouvrir à cette pratique pour enrichir leur projet club. Pour recruter des filles, il faut donner envie et ne pas chercher à avoir la même approche que les garçons.

Au HAVRE AC, nous avons ouvert nos portes. Toutes les filles peuvent venir jouer, sans contraintes ni exigence de niveau. Nous avons juste demandé aux filles de se licencier en payant une somme dérisoire afin qu’elles soient assurées. Le bouche à oreille a ensuite faite la différence.

Encore une fois, ça doit être au début un foot de loisirs. Elles ne viennent pas forcément chercher la compétition au départ. De toutes façons, pour faire de l’élite, il faut d’abord avoir de la masse.

Aujourd’hui, nous avons 120 licenciées, une équipe senior compétitive, des équipes de jeunes en forte progression (Nos U18 viennent de remporter la coupe régionale Futsal) et je peux vous assurer que la demande est forte. Ca peut aller très vite !

 

6.                  Quelles sont les fondamentaux dans un club pour le faire avancer ?

Il apparaît évident que le club doit d’abord se forger une identité. L’identité ne se forge pas forcément par l’accession d’une équipe première. Il faut définir des valeurs communes et partagées.

Ensuite, il faut une organisation claire et une répartition précise des rôles de chaque membre. Chaque responsable de section doit animer son équipe dans la concertation, l’échange et le partage d’idées.

La force d’une association réside en sa capacité à emmener l’ensemble de ses licenciés dans une direction commune. Nous faisons d’abord du foot pour partager des moments conviviaux et pratiquer une activité sportive hebdomadaire. Cela va au delà de la notion des résultats sportifs. Trop souvent on pense que la santé du club passe par les résultats sportifs. Parfois, on ferait mieux de jouer une division en dessous et d’avoir une vraie vie de club.

 

7.                  Que penses-tu du projet club que la Ligue de Normandie veut développer dans les clubs de la région ?

Quelle richesse pour les clubs ! Sous l’impulsion du Président Jacky CERVEAU, d’Arnaud DOUDET et Thierry MONTAGNE, La ligue de Normandie met à disposition des personnes ressources pour échanger autour de la notion du projet club. C’est très novateur !

J’ai la chance de faire partie de ce groupe de travail et franchement, la Ligue de Normandie essaye d’accompagner les clubs dans la formalisation du projet club. Nous ne sommes pas là pour faire gagner des équipes mais pour partager et échanger des idées.

 

8.                  Tu as été notre tuteur pour notre projet. Que dirais-tu sur ce qui a été mis en place au sein du FBS ?

Je trouve le club dynamique. La grande force du FBS réside dans le fait que le club a clairement défini son identité et son projet. Le club sait qui il est et est conscient de son potentiel, de ses forces et de ses faiblesses.

J’y ai été très bien reçu et j’ai pris un grand plaisir à échanger avec le Comité Directeur et les éducateurs. Ce fut un moment très riche et très intéressant.

En toute sincérité, le FBS remplit pleinement son rôle d’association.

 

9.                  As-tu quelques conseils à donner à nos éducateurs ? Sur la pédagogie, les contenus d’entraînements, en fonction des âges ?

Je suis adepte du jeu donc je conseillerai aux éducateurs de faire jouer les jeunes. Il faut redonner la place au jeu dans nos séances. Il paraît que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Alors, c’est en jouant qu’on devient footballeur ! J’incite donc les éducateurs à organiser un maximum de jeux pour enseigner le football.

En ce qui concerne la pédagogie, je suis convaincu qu’il faut laisser jouer et intervenir au bon moment. Il faut s’obliger à être positif avec les jeunes. Ce n’est pas facile car quand on veut faire progresser on essaye de corriger les erreurs.

 

10.              Le résultat du match est-il le plus important à tes yeux ?

Malheureusement, on lui donne trop d’importance. On pense qu’en gagnant, on est bon. Ce n’est pas si évident. Mais on oublie trop souvent l’essentiel : la qualité du jeu et le comportement des joueurs.

Le résultat ne doit pas être le seul critère de satisfaction.

 

11.              Quel est pour toi la signification d’une réussite collective ?

La réussite collective est la capacité d’une équipe ou d’un club à se connecter ensemble et au même moment pour atteindre un objectif commun. L’objectif n’est pas forcément la victoire ou la montée. Ca, c’est la cerise sur le gâteau.

 

12.              Le rôle de dirigeant/encadrant le samedi est important pour notre club, comment le vois-tu ?

Essentiel. Malheureusement, il n’est pas assez valorisé. Je pense que les éducateurs doivent impliquer au maximum les dirigeants dans la prise de décision. Ca ne coûte rien de partager et d’échanger des points de vue. Le dirigeant n’est pas simplement là pour ramasser les maillots et faire la feuille de match.

 

13.              Si tu avais un message a donné aux parents, lequel serait-il ?

Laisser faire les éducateurs.

 

14.              A notre comité directeur ?

Ne vous arrêtez pas aux simples résultats pour évaluer la santé de votre projet club. Regardez la dynamique de votre club : Les gens sont ils heureux de venir au club ? Les jeunes pratiquent ils le foot en toute sécurité ? Le club a-t-il une place importante dans la vie de la commune ? Les éducateurs sont ils impliqués dans la vie du club ? Les parents ont-ils une place dans le projet club ? Que peut on faire pour améliorer le niveau de pratique des joueurs ? etc.

 

15.              Quels conseils donnerais-tu à un joueur afin qu’il progresse ?

Un joueur qui veut progresser doit aimer s’entraîner et donner le meilleur de lui-même pour  son équipe. Il doit jouer pour l’équipe et courir pour l’équipe.

Aucune chance de réussite et de progrès si on n’aime pas le football !

 

16.              Quel est ton regard sur le HAC (jeunes et pro)?

Le HAC possède un gros potentiel. C’est un club stable et équilibré depuis de nombreuses années. Tout le monde aimerait voir le HAC en Ligue 1 mais la concurrence est rude.

Le centre de formation est reconnu et nous disposons d’un magnifique stade. Le HAC est un bon club et je suis persuadé que ce club dispose d’un bel avenir.

 

17.              Tu es adjoint de Bob Bradley (entraîneur du HAC). Penses-tu que la montée en Ligue 1 est encore réalisable ?

Pour être précis, j’assiste Bob dans diverses missions mais je ne sais pas si on peut définir cela comme adjoint.

Je pense que la montée est réalisable. Ce sera serré et je pense que ça se jouera jusqu’au bout du championnat. Maintenant, une montée ne se décrète pas ! Nous avons aujourd’hui un projet sur du long terme avec des temps de passage défini. Le club sait où il veut aller.

 

18.              Quel est ton meilleur souvenir d’éducateur ?

J’en ai tellement. Je me souviens de ma victoire en coupe du District avec les 18 ans du FC Gruchet. Je me souviens d’un parcours en Coupe de Normandie jusqu’en demi-finale avec cette même équipe. Je me souviens du match HAC – BASTIA en mai 2008 et de la soirée mémorable organisée pour fêter le titre de ligue 2. Je me souviens de la finale des réserves pros jouée sur le stade de GERLAND avec la CFA du HAC. Je me souviens de mes 6 finales de Coupe de Normandie en U15 et U17 ( 4 victoires et 2 défaites). Je me souviens des 3 coupes nationales que j’ai vécues avec l’équipe de Normandie en tant qu’adjoint technique de Philippe DUMAS. Je me souviens de l’expérience avec la sélection nationale de Côte d’Ivoire dirigée par Alain GOUAMENE et Jean marc NOBILO. Je me souviens des moments privilégiés que j’ai passés avec Rafael BENITEZ à Liverpool et Harry REDKNAPP à TOTTENHAM. Enfin, je me souviens des différents joueurs que j’ai côtoyés au club et qui sont devenus de grands joueurs. Quel plaisir de les voir jouer à la TV et de se dire : « j’ai accompagné ce jeune dans sa progression ».

 

19.              Pour toi qui est favori pour l’EURO 2016 ? La France. Je vais souvent à l’étranger et tous les pays sont sûrs de gagner l’Euro. Il n’ y a qu’en France où on entend les gens critiquer l’équipe nationale.

 

Nous avons de très bons joueurs et le parcours en Coupe du Monde au Brésil peut nous laisser entrevoir des possibilités. Maintenant, on sait que la concurrence sera là car c’est une compétition de très haut niveau. Ca se jouera sur des détails.

 

20.              Comment vois-tu le parcours de l’équipe de France ?

 

Bon car je la vois favorite. Nous n’avons rien à envier aux autres.

 

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